Et je pèse mes mots...·Ma vie Mon oeuvre

Le bruit et l’odeur


La pensée du jour
Les Sudafricains sont appelés ainsi pour que nous ne les confondions pas avec les Norafricains qui ont non seulement le type norafricain, mais la gonzesse aussi.
La Sudafriquie, qui s’étend sans vergogne sur plus d’un million de kilomètres carrés au bout de l’Afrique, non, là, en bas, est peuplée de vingt-quatre millions d’habitants qui sont pour la plupart extrêmement vulgaires, sauf les Blancs.
Cette population se décompose de la façon suivante : 70% de Bantous, 17% d’Européens, 9% de métis*, 2% d’Asiatiques et 14% sans opinion. C’est énorme.
[…]
En Sudafriquie, tous les Européens pratiquent la ségrégation, à part Ted.
La ségrégation consiste, de la part des Blancs, à respecter la spécificité des Nègres en n’allant pas bouffer chez eux.
Au reste, la cuisine bantoue est tout à fait exécrable tant sur le plan de l’hygiène alimentaire dont les Blancs sont très friands, que sur le plan du décor de la table qui laisse à désirer, c’est le moins qu’on puisse dire. Par exemple, ces gens-là mettent la fourchette à droite et le couteau à gauche.
Merci bien !
* 1. On ne doit jamais mettre de « M » majuscule à « métis », pour ne pas les rendre arrogants.
Pierre Desproges (les étrangers sont nuls) 

L’humeur du jour
La première fois que je fus confrontée au racisme ordinaire, je devais avoir entre 8 et 10 ans.
Nous étions en vacances en famille au Crotoy. Des autochtones exprimèrent leur admiration devant la capacité de nos petits petons, à mes frères et à moi alors brunis par le soleil, à fouler l’asphalte sans chaussures «mais c’est vrai que chez eux, on a la peau plus épaisse ».
Chez eux.
Pas chez maman, rousse du nord de la France.
Chez papa, marron foncé du nord de l’Afrique.
C’était plus bête que méchant, ça occultait le fait que nous n’avions qu’une rue à traverser pour se jeter à l’eau et que le reste de temps nous portions des chaussures, en bon marmots civilisés…

Pâle de teint et n’ayant pas le bassin méditerranéen ou le poil crépu, je passai ma jeune scolarité sans jamais penser à mon métissage – j’en savourai surtout le plaisir de bronzer sans effort.
Même mon prénom, pourtant algérien, ne provoquait aucune réflexion.

Après quelques années en HLM, dans une mixité toute relative – nos voisins s’appelaient Bouji, Kabouri, Bourrekhba et même les blancs blancs étaient pieds-noirs – nous migrâmes vers une nouvelle zone pavillonnaire plus représentative. Les Bouvier, Lobregat, Cazeneuve (oui, celui-là même) et Rochat participaient aux fêtes de quartier avec les Criado, Tayamoutou et autres Crevits.
Tout ce petit monde pratiquait le bien vivre ensemble, dans les rues comme dans les écoles.

Les choses changèrent durant mes années Lycée.
On entendait beaucoup parler (de) Jean-Marie Le Pen.  « Faut-il diaboliser son mouvement ? » cette simple question lui permettait une médiatisation gratuite et habituait l’oreille des gens à sa présence dans le paysage politique.  Par conséquent, cela permettait aussi le développement de sa pensée, ses idées.
Ce qui tenait de certitude honteuse (l’étranger me vole mon travail ou vit sans rien faire grâce aux allocs) évolua en parole de plus en plus décomplexée.
Je commençais à entendre des vérités sur les étrangers.
Pas sur tous.
Ou plutôt pas de la même façon.
Y’avait les étrangers occidentaux « moindres » sujets seulement aux moqueries, les portos, les espagnols…  et ceux qui faisaient rêver : les américains, qu’on voulait imiter en tout…
Et il y avait les vrais « autres » : les noirs et les arabes.
Les premiers étaient paresseux.
Les seconds étaient des voleurs.
Les deux étaient des profiteurs d’un système jadis parfait, gangrené par les pontes à répétition de ces noirs, bicots, melons, bougnoules, crouilles… toutes ces appellation auxquelles j’échappais – ainsi qu’au tutoiement automatique lors de contrôles d’identités, contrairement à mes frères.

Je commençai à entendre des critiques à l’emporte-pièce sur les arabes, et quand j’intervenais, invariablement, pour me faire taire en induisant une complicité de couleur, on me disait « oui, mais toi, c’est pas pareil, ça ne se voit pas ».
Comment réduire un être entier, pensées et viscères compris, à son seul teint.

Grâce aux parents de mon premier petit ami sérieux, quelques années plus tard, je pris la mesure de la bêtise libérée.
« Les arabes, c’est tous des voleurs ». Ils n’approuvaient évidemment pas la relation de leur rejeton avec une beur même allégée, prenaient un malin plaisir à manifester plus de déférence envers leur caniche qu’envers moi – nous partagions mon prénom ( !) – et naturellement pas un repas sans rappeler cette bonne blague : « la migration, c’est les oiseaux qui volent, l’immigration, c’est les arabes qui volent ».
Ces petits bourgeois étriqués, qui passaient leurs vacances entre Maroc et Tunisie à boulotter tajines et cornes de gazelle, suintaient du juste mépris de ceux qui travaillent mais sont saignés par des parasites à couscoussière.

Je finis par leur demander comment ils se comporteraient avec mon père à la même table et s’ils allaient ensuite fouiller ses poches à la recherche d’éventuelles petites cuillères.

Avec le fiancé qui suivit, ismaélien pratiquant, je découvris l’hypocrisie de ceux qui conspuaient voiles et musulmans, « mais pas tous ».
Les modestes, pas les fortunés.
A Creil, le voile est une provocation.
A Chantilly, il circule en Mercedes ou Audi, parfois avec chauffeur et ça change tout.

Cela rejoint l’affaire du Burkini de la semaine dernière.
Où était la police, où étaient les rogneux et les Sarkozy parlant de modifier la constitution quand une famille royale saoudienne privatisa un espace public l’été dernier ? Quelques râleurs sans débordements, beaucoup de remerciements de la plèbe pour la manne financière représentée par ce séjour estival.
L’argent permet bien des assouplissements de l’esprit…

On n’est plus dans les approches Camusiennes de l’étranger sans nom, de l’arabe 80ies un peu fourbe, on a dépassé le maghrébin Arsène Lupin. Aujourd’hui, Mohammed ou Sonia sont musulmans. Avec la bénédiction des médias et des politocards, au prétexte un peu rapide des attentats odieux, c’est à celui qui mettra le plus d’huile sur le feu de l’intolérante ignorance dominante.
Pour ne point trop déranger notre sacro-sainte laïcité, ils sont d’ailleurs priés de rentrer chez eux, en Musulmanie.
Bien. Ils partiront le jour où les chrétiens rejoindront la Chrétientie.

Le cadeau du jour
😉

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18 réflexions au sujet de « Le bruit et l’odeur »

  1. ça! Je me suis toujours demandé comment nos chefs d’état peuvent sans état d’âme prétendre combattre l’obscurantisme et en même temps faire des courbettes à l’Arabie Saoudite (entre autre)…
    C’est le dieu fric qui régit le monde, rien d’autre et c’est de là que proviennent les haines. Je ne serai sans doute plus là pour voir ça, mais les dérèglements climatiques vont provoquer le déplacement de marées humaines inédites dans l’histoire de l’humanité, et il faudra bien qu’un jour les nantis apprennent à partager, quelles que soient les couleurs de peau!!!
    Permettrais-tu que je publie le lien de cet excellent billet chez moi? (ton lien, pas l’article) Si tu es d’accord, je te préviendrai juste avant.

    1. oui bien sûr,
      je pense souvent avec ironie que ceux qui chient sur la femme voilée vont brailler aux stade pour un club financé par le Qatar (et là on crie de joie)

  2. Au sujet du Burkini, c’est le coté pratique qui me tracasse. Comment en changer quand il est mouillé, s’il n’y a pas de cabine de plage à proximité ? Je suppose que dans le sud, il peut sécher rapidement. Plus au nord, c’est s’exposer à prendre froid.
    Chez moi, sauf en cas exceptionnel de canicule, le vent se charge de me geler avant que je n’atteigne le bord de l’eau (il y a des marées qui mettent la mer parfois bien loin du sable sec!). Je suis donc équipée d’un shorty en néoprène avec son petit frère de rechange au cas où le premier n’aurait pas le temps de sécher d’un jour sur l’autre, c’est dire.
    Que chacun porte le maillot qui lui plait. Les modes passent… Le racisme et la bêtise ont la vie plus dure. Hélas !

    1. A karachi les femmes se baignaient en Shalwar. Je trouvais ca dangereux en cas de courant (la lourdeur des tissus) mais pour le reste… voir des seins pendouillant, des moule-zigounettes sous gras bidous me pose le même problème visuel : tant que c est pas moi…

      1. Tu as raison. Il vaut mieux parfois cacher les disgrâces de la nature. Remarque que la forme du Burkini donne à ces dames des allures de poupées russes qui auraient des bras et des jambes…

  3. C’est plutôt bien envoyé ! Bien écrit aussi et l’humour est toujours bienvenu quand il faut débattre, il a l’avantage de dédramatiser même les drames les plus dramatiques (et je pense là à certains pamphlétistes ou dessinateurs de presse.)
    Tiens, je m’abonne (si je trouve le bouton !)
    Merci Almanito pour l’adresse !

Chic ! Un message :)

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