Et je pèse mes mots...·Ma vie Mon oeuvre

Harcèlement(s)


La pensée du jour
La vie dans l’Entreprise reproduit la cruauté de l’école, en plus violent car personne ne nous protège.
Vannes inadmissibles, agressions injustes, harcèlement sexuel et guéguerres de Pouvoir…
Frédéric Beigbeder

L’humeur du jour
La première fois, j’avais 20 ans.
Partie aux Etats-Unis pour être fille au pair, il y eut malentendu et Wayne Rogers s’imagina que j’étais fille au père.
Je me réfugiai illico chez des voisins francophiles et exposai le chaud de la bite après qu’il eut tenté de faire passer la vierge que j’étais pour une chaudasse Frenchy.
Connaitre l’expérience du tribunal américain, le « I swear » et tout le toutim, ça fait grandir vite.

La seconde fois, je devais avoir 22 ans. Toute jeunette dans le monde du travail.
Le DRH, un Bidochon à talonnettes réputé pour favoriser la promotion horizontale, trônait dans la cafétéria où il amusait sa cour. Son fiston lui rendait visite entre deux parties de golf et le RH lui montrait l’étendue de son pouvoir.
Mon entrée fut accompagnée d’un tonitruant « Fils, tu n’as as encore eu le plaisir de connaitre Pooky », suivi d’un sous-entendu salace me rangeant dans les produits en libre service de la cafét. « Un café, une madeleine, une Pook. »
Trop mal à l’aise au milieu des rires gras, je manquai de répartie – celle équilibrée qui recadrerait sans mettre mon job en péril – mais je n’en pensai pas moins : ce type était gros beauf.

La troisième fois, j’avais 30 ans.
Une thérapeute m’avait conseillé un acupuncteur pour un problème de circulation sanguine et dépassant ma zone de confort habituelle (si je dois me déshabiller, mon praticien est une femme) je m’étais retrouvée en toute confiance dans un cabinet chicos de Chantilly, rassurée par la photo de famille papa, maman, marmots sur le bureau.
Ce n’est qu’une fois partiellement dénudée et le dos piqué d’aiguilles que je m’interrogeai sur le bien-fondé de la présence de monsieur, à califourchon sur moi, entreprenant de dégrafer mon soutien-gorge au prétexte de laisser passer les énergies, et m’embrassant dans le cou pour… alors là, pas de raison, non…
Je m’aplatis autant que possible pour limiter les dégâts et à la première occasion me sauvai en courant, rhabillée à la va-vite.
Le grotesque de cette mésaventure fut que, ne doutant de rien, cet abruti s’étonna que je n’honore pas les rendez-vous suivants.
L’inadmissible de cette mésaventure fut que la thérapeute qui me l’avait conseillé connaissait sa propension au dérapage mais pensait que (sic ) brune, je n’étais pas son genre ! Elle me promit d’intervenir et je regrettai longtemps ne pas l’avoir fait moi-même.

Le harcèlement est avant tout un abus de pouvoir : physique, hiérarchique, sociétal. Dans le circus médiatique en cours, on imagine mal une Christine Lagarde harcelée par un N2.
Le pouvoir supposé ou avéré est à la fois une arme et un bouclier invisible et induit une supposée impunité.

Je suis comme beaucoup de femmes : sifflée, haranguée, draguée à la lourdaude (ha… porter du rouge est un appel aux beaufs) mais tant que ça reste verbal, bref, anonyme et non physique, je trouve ça con et je n’en perds pas le sommeil. Un jour de grande forme, je remets en place de façon acide – rien ne sert de gâcher ma subtilité pour ces glands, souvent condamnés par leur propre bêtise à se fouler le poignet.

A contrario, j’ai vécu un harcèlement de fond au boulot. Le défenseur des droits, saisi, me répondit que dans la mesure où il n’était que moral (et non sexuel ou racial), je devais me débrouiller sans lui.
Femme et métisse, j’aurais probablement dû mentir et dénaturer les choses pour obtenir de l’aide, mais pour avoir vécu cette option de l’autre côté de la barrière, je savais que le mensonge ne pouvait être une solution – déglingos, si tu me lis…

D’expérience, je n’ai qu’une certitude : tout harcèlement cesse le jour où le harcelé cesse d’avoir peur.

Le cadeau du jour
accusations

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13 réflexions au sujet de « Harcèlement(s) »

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