Et je pèse mes mots...

Déchéance orthographique


La pensée du jour
Quand les hommes ne peuvent plus changer les choses, ils changent les mots.
Jean Jaurès

L’humeur du jour
Cette semaine, j’ai rejoint les circonspects du circonflexe dans le TT* (immédiat, intense, spontané mais soluble, comme toute *Tendance Twitter qui se respecte) #reformeorthographe.
Chacun y allait de son message choléreux et révolté, plus ou moins chargé en fautes d’orthografe ou de tiques de langage – «c’est juste un nivellement par le bas», revenant le plus souvent – illustrant à la perfection que la défense de notre langue intéresse toux ceux qui l’aiment et pas seulement ceux qui la maîtrisent (aie, un circonflexe ! il va rester celui-là ou, comme pour maîtresse plonger vers l’abîme ? ).

S’interroger sur la déchéance de nationalité, essayer de comprendre à quoi elle rime, ses tenants et aboutissants – t’es né bon François, tu deviens quoi si t’es déchu? un apatride errant, sans toit ni loi ? – aurait eu autant de sens mais, on en conviendra tous, il est plus facile d’avoir un avis sur ce qui va nous toucher de près que de se positionner sur un sujet compliqué et potentiellement clivant.
C’est vrai : nous avons tous fait des dictées et hésitons encore parfois sur araignée ou le pluriel d’ « après-midi » – mais statistiquement nous nous sentons moins directement concernés par la déchéance potentielle d’un terroriste dans notre famille que par le contenu de notre fourretout pour le week-end.

Je n’ai pas encore compris les subtilités de la « déchéance de nationalité pour tous », j’ai mille questions sur ce qui semble être la punition suprême appliquée à ceux qui s’attaqueront à la nation et ses enfants.
Sur ce qui revient à leur dire « vous n’êtes pas des nôtres, vous ne méritez pas d’être français, nous vous bannissons : nous rompons le LIEN »

Et le lien, quel est-il ? Par quoi passe ce fil invisible qui unit notre peuple ?

Notre histoire, même si comme le souligne très justement Suzanne Citron dans son « autre histoire de France », il est difficile pour une classe entière d’ânonner « nos ancêtres les gaulois » tant les mouvements migratoires nous ont façonnés – quelle date graver sur notre socle commun ?

Notre drapeau, encore relativement « jeune » – 1830 – le tricolore donc, récupéré récemment par des partis nationalistes et que nous sommes timides à accrocher (pour ceux qui en ont un !)

Il reste les mots.
Leur sens, leurs nuances, la richesse d’un vocabulaire qui lutte contre sa paupérisation favorisée par notre paresse, les réseaux sociaux, les médias et les nouveaux wiki-outils, fournisseurs officieux de sens réduit.

A 14 ans, pas encore en âge légal de travailler, j’avais fait un stage au bureau de maman. Trop jeune pour être rémunérée en sonnant et trébuchant, j’avais choisi ma compensation : une encyclopédie en 3 volumes.
Que de voyages ! J’y cherchais un mot, j’en découvrais 100 ! Je naviguais d’une lettre à l’autre, appréciant les subtilités des synonymes… Quelle richesse dans notre langue, quelle histoire derrière l’orthographe d’un mot, quelle logique aussi.
Cela a nourri ma curiosité, mon exigence d’expression.
Oui, une langue évolue. S’invente et se réinvente – omelette, toubib, tennis, smala, banane, cachalot, doublon… – s’enrichit même – googler ou tout vocabulaire lié aux nouvelles technologies et inventions.
Mais là… c’est un appauvrissement programmé qui va concerner quelques 2000 mots pour lesquels un flottement régnera.
On n’unit rien ni personne sur du flou.
Et le rejet de cette réforme pourtant annoncée « non obligatoire » ne dit pas autre chose.
Qu’on nous laisse ce qui nous unit.

Le cadeau du jour
Motissages

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6 réflexions au sujet de « Déchéance orthographique »

  1. Excellent article !!!
    Les nouvelles technologies (internet, smartphones) encouragent la paresse. A quoi bon apprendre l’orthographe puisqu’il suffit de taper la 1ere lettre ?
    Quand aux règles « souples » (on peut mettre un accent circonflexe ou bien on peut ne pas le mettre), pourquoi ne pas les étendre à d’autres domaines ? Par exemple aux feux rouges, on peut s’arrêter ou bien on peut ne pas s’arrêter !

  2. Merci Pooky pour cet article qui dit mieux que moi ce que je pense de cette réforme que j’oserai qualifier de merdique! Je me prends à penser à Edgard P. Jacobs qui nous suggérait dans le Piège Diabolique, ce que pourrait devenir notre langue dans le futur: un sabir squelettique, anorexique, pauvre résidu d’une civilisation en perdition.

  3. Ben moi, comment dire, ? j’en perds mon latin …… Encore une réforme inutile et les enfants finiront par ne plus savoir écrire du tout, il y a tellement de fautes d’orthographes aujourd’hui dans leurs devoirs, ce ne sera pas joli joli….

Chic ! Un message :)

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