Et je pèse mes mots...·Res Politicus

Sous leur linceul, la plage


La pensée du jour
Contrairement à des clichés répandus, l’intégration des Belges, des Italiens et des Polonais, aujourd’hui considérés comme proches culturellement des Français, s’opère dans la douleur. Relégués dans certains quartiers, accusés par les ouvriers français de prendre leur travail, ces immigrés sont fréquemment visés par des violences xénophobes dès la fin du XIXe siècle. […]. Tout se passe comme si les derniers arrivés se heurtaient à une xénophobie virulente au moment où la vague précédente d’immigration se fond définitivement dans le terroir national. Les Belges ne font plus problème lorsque déferlent Italiens et Polonais, qui eux-mêmes se seront assimilés au moment de l’arrivée massive des Maghrébins, à partir des années 50. L’étude des vagues de xénophobie, toujours liées à une crise économique ou politique et non au dépassement d’un quelconque seuil de tolérance, révèle la permanence d’un stéréotype propre à l’étranger.
Philippe Bernard

L’humeur du jour
Peut-être le fait que mon père soit né en France « d’Afrique du Nord » m’apporte un regard plus nuancé sur les flux migratoires. Peut-être.
On naît Français puis un jour on vous dit « mon gars, tu dois choisir : t’es Français ou t’es Algérien » ?
A 18 ans, on choisit avec le cœur avant tout –  et en tout d’ailleurs.
On reste ou on migre.
Les critères de choix ne sont pas toujours dignes d’une analyse politico-économico-géographique. On choisit avec ses tripes, son histoire, son vécu.
On fait un choix puis on vit avec.

Cette urgence là nous est épargnée, à nous qui râlons contre les privilèges d’une classe politique de métier, étiquetée « corrompue », conspuée mais reconduite sans moufter sur l’air de « on sait ce qu’on perdrait, pas ce qu’on gagnerait » avec pour refrain « de toutes façons, tous pourris« ;
Nous qui souffrons de voir nos impôts – mot honni depuis la nuit des temps – dépensés sans transparence avec des abus qu’on devine mais qu’on ne saurait comment dénoncer. Ou qu’on dénoncerait dans le vide, alors à quoi bon;
Nous qui nourrissons par manque de cran, d’idées et de savoir hélas le système qui nous dégoûte mais ne nous tue pas.

On s’arrange, on se débrouille, on gère au mieux, en bon petit père de famille en évitant de penser trop à la misère de ceux qui ont le courage de fuir leurs racines et leurs pays au prix de leur vie parfois, puis qui s’entassent dans des réserves indignes des humains qu’ils sont.

Migrer n’est jamais un choix facile. C’est une évidence pour ceux qui veulent assurer un mieux pour eux-mêmes ou leurs familles. Mais c’est une fuite, un constat d’échec, notamment pour « le reste du monde » drapé dans sa suffisance diplomatique, soumise à des exigences économiques dont nous ne ferons qu’effleurer les contours.
Quand je lis sur Twitter ou Facebook – les nouveaux bistrots-sous-pseudos – qu’on ne peut accueillir toute la misère du monde et que ces sans papiers, « ben, puisqu’ils n’ont pas de papiers, renvoyons les, hein, c’est la loi », je réponds qu’ils ne se déracinent pas de gaieté de cœur. Qu’ils prennent des risques insensés sur le toit des Eurostars, dans des réacteurs d’avions ou entassés dans des barques mus par un besoin légitime. On me répond qu’ « ils ont payé ! Ha, tu vois ! Entre 5 et 10 000 euros le passage : pas si pauvres ! » Mais ils ne fuient pas (seulement) la pauvreté, ils ne fuient pas pour posséder un I-Phone ou profiter de la sécu : Ils veulent vivre !

Je n’ai pas « la » solution. Je n’ai même pas de solution.
Sauf peut-être changer notre regard sur ces exilés, nous questionner sur la façon dont nous protégerions nos enfants, nos familles – ceux qui se sont jetés sur les routes avec leurs baluchons en 40 devant l’invasion allemande pourront se souvenir de ces décisions douloureuses de tout quitter sans certitudes…

Nous qui avons tout, en tout cas tout le nécessaire, le vital, nous nous débattons trop souvent dans des problèmes triviaux dont nous pourrissons nos quotidiens, sans même profiter de notre chance pour avoir le talent d’être vivants – car il en faut du talent, pour être vraiment vivant.
Eux se battent pour simplement (sur)vivre.

Le cadeau du jour
Sous leur linceul, la plage.

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7 réflexions au sujet de « Sous leur linceul, la plage »

  1. Merci Pooky. Merci de ce petit rappel
    Tellement heureux que tu ne te sois pas encore convertie au blog maquillage et robette. That’s why I love you!
    keep up the good stuff !

  2. Cette image me déchire le cœur, et comme toi, je n’ai pas de solution, juste une compassion immense, ainsi qu’une révolte encore plus grande.
    Personne n’émigre de gaité de cœur et si mon arrivée s’est passée dans des conditions bien moins tragiques, j’ai tout de même eu droit à la « sale Polack qui vient bouffer le pain des Français… »

  3. bravo pour ce billet et cultivons notre humanité comme une bonne terre fertile !
    Jusqu’à 14 ans j’avais une carte d’identité jaune (ouaip comme la couleur jaune du brassard juif), celle des étrangers mais mon nom lui n’a pas changé. Mon père était un réfugié. Est-ce que l’humanité est plus accessible à ceux que le genre humain a rejeté ? ou alors c’est le contraire les épreuves et humiliations encourues tuent l’humanité…

  4. Je suis tellement daccord avec toi. On ne se met pas à leur place, bien au chaud dans notre confort et nos certitudes. L empathie, la compréhension et l’humanité voilà ce tout un chacun devrait avoir et sans doute que le monde irait un peu mieux…

  5. Oui il ne faut pas oublier que nous sommes tous et toutes plus ou moins enfants ou petit d’immigrés
    L’économie de la France va très mal et c’est ce qui conditionne les gens a voir autrement
    Dautant que l’on voit un nombre impressionnant d’immigrés
    Alors que faire pour eux sans que personne soit lésé (ou croit être lésé) c’est peut être les questions qu’il faut se poser
    Mais l’empathie devra toujours être de mise pour les aider !

Chic ! Un message :)

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