Et je pèse mes mots...

Je lui dirai les mots creux


La pensée du jour
Il y a interaction entre langage et pensée.
Un langage organisé agit sur l’organisation de la pensée, et une pensée organisée agit sur l’organisation du langage.
Ahmad Amin

L’humeur du jour
Quelqu’un qui me connait bien m’a récemment offert « l’assassin court toujours », un recueil d’expressions dites « insoutenables », répétées à l’envi par les mass media et par la masse tout court. Non non, il ne s’agit pas d’un pamphlet anti-novlangue – dont je rappelle au passage qu‘elle n’est pas née d’avant-hier
J’ai ri en le lisant, mais j’ai ri jaune tellement la réduction du langage et la surutilisation de tics confinent au mieux à un désir de conformisme, au pire à une paresse intellectuelle.

Evidemment, dans l’absolu, ce n’est pas gravissime.
Sauf qu’à force de réduire notre champ lexical, on réduit aussi les nuances de notre pensée.
On oublie de faire coïncider le mot à son sens précis.
On se satisfaisait d’approximations.

J’ai une passion pour les mots et leur(s) sens.
Pour le vocabulaire et sa finesse.
Pour l’expression de la pensée juste, c’est dire en total accord avec ce qu’on souhaite exprimer.

C’est dire si je suis à la fête entre le gloubiboulgage des traductions approximatives des slogans publicitaires – une autre façon de réduire une langue, mais cette fois ci celle des autres
et les mots devenus concepts tant justement on manque de fond.

Il y en a qui me hérissent le poil.
Des inoffensifs « je vais sur… Lille, Lyon ou Paris » (faut être sacrément replet pour couvrir une ville!) à égalité avec « j’ai fait – au choix – la Chine, le Vietnam, la Thailande…. alors que non, t’as rien fait du tout sauf probablement « le touriste ».
Des plus pénibles car plus signifiants :
« Je suis mobilisé » (souvent suivi d’un « on lâchera rien – la réalité de cette belle intention ne survivant généralement pas à des vacances, souvenons-nous de la réforme des retraites ou de l’affaire Lénoarda). Star ou anonymes, on prend l’air grave et on est mobilisé contre le cancer, le sida, les méchants, la guerre, les récidivistes, les fermetures d’usines, les mannequins anorexiques et j’en passe. La vraie mobilisation confine au militantisme. On est déjà moins nombreux.

Et son compère, le concept creux de la marche blanche. Un viol, un marmot tué, un accident, hop, « une marche blanche est organisée » et on passe au prochain fait divers.

Est-ce qu’à force de vider les mots de leur sens on ne contribue pas à faire disparaître le sens des choses ?

Le cadeau du jour

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4 réflexions au sujet de « Je lui dirai les mots creux »

  1. Comment ne pas être d’accord… Accorder mots et pensées, accorder actes et paroles, s’accorder une minimum de temps à comprendre la portée de ce que l’on dit plutôt que de répéter une dépêche de l’AFP

Chic ! Un message :)

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