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On ne vous juge pas, mais…


La pensée du jour
Le jugement d’un seul n’est pas la loi de tous.
Jean-Louis Baptiste Gresset

L’humeur du jour
J’ai assisté à la commission d’adoption chargée de mon dossier d’agrément.
Je n’étais pas très inquiète : les services psy et sociaux avaient rendu des rapports positifs. Néanmoins, il y avait des points à éclaircir et c’est ainsi que je me suis retrouvée devant la commission.
Exercice assez particulier : « On ne vous juge pas, mais… »

Une salle de réunion impersonnelle.
Une dizaine de personnes – des femmes – assises autour d’une table, moi au bout.
Très peu de contact visuel, sauf de la grande chef, heureusement bienveillante dans ses expressions physiques et son langage et d’une dame, assise près de moi, portes-paroles des autres, absorbées par leur feuilles de papier, dont je ne verrai jamais la couleur des yeux.
D’abord, on me met à l’aise « asseyez-vous… merci, bon, vous êtes Pooky, nous, ce n’est pas la peine qu’on se présente, sachez seulement qu’il y a des représentante des mondes associatifs, médicaux… »
Je n’entends pas le reste.

Les points à éclaircir sont vites abordés par Mme Bienveillante.
La mort du petit Omar pose problème : Je l’ai accueilli chez moi, je ne me suis pas remise de sa mort et je veux le «remplacer», histoire de réparer cette injustice. J’apprendrai, en off, que mon métier faussement estampillé «dans l’humanitaire» aura confirmé la sensation qu’en bonne working girl, l’adoption d’un petit d’origine africaine est la continuité logique « réparatrice » de ce drame.
Leur dire que ma demande est antérieure à ma rencontre avec Omar – que je n’ai jamais rencontré qu’à l’hôpital.
Leur dire que ce n’est pas le seul petit ou malade ou personne avec lequel j’ai eu un lien via mon métier et qui hélas est mort, mais que je mettais au défi n’importe qui d’être insensible à la courte vie tragique de ce marmot lumineux…
Leur dire que je veux un garçon de façon irrationnelle, de la même façon que mes amies enceintes peuvent avoir une préférence et que si j’avais choisi une fille de mêmes origines on aurait pu me taxer de vouloir un mini-moi…
Leur dire enfin que la fourchette d’âge n’est pas en lien avec celui d’Omar mais un simple pragmatisme : maman célibataire largement quadra, je ne serai jamais prioritaire pour un nourrisson.

La femme assise près de moi se saisit du rapport psy. Elle sélectionne un mot par page, et me regarde : « On ne vous juge pas, mais il est dit ici que vous êtes indépendante, libre, autonome et intransigeante – ce n’est pas une critique mais…»
Moi, l’interrompant, un poil agacée par cette réduction de ma personnalité, « oui, et exigeante également »
« Ce n’est pas dans le rapport » ».
Je souris « Vous pouvez l’ajouter quand même »
« Il est dit que vous fuyez la routine que vous qualifiez d’étouffante. Si vous n’avez pas supporté ça de votre conjoint (si ça, ça n’est pas du raccourci !!), comment ferez-vous d’un enfant car vous savez – sourire à sa voisine de droite, retour sur moi « un enfant, ça s’accroche à vous, ça veut rester sur vos genoux… Nous nous inquiétons de la place que vous lui laisserez».
Consciente de prendre un risque, je lui souris en retour, évitant soigneusement de faire un parallèle avec ma Zibou-glue « Visiblement vous avez des enfants. Je doute que vous acceptiez de votre compagnon ce que vous supportez d’eux. On ne parle pas de la même chose là, non ? Quant à la place que je lui laisserai, ce sera la même que si j’avais eu la chance d’avoir un enfant bio.»

Le reste fut anecdotique; quelques questions pour lesquelles les réponses se trouvaient déjà dans les rapports des travailleurs sociaux.

Je n’étais plus si sûre de moi en sortant. «On ne vous juge pas mais… un peu quand même»…
Jusqu’au coup de fil libérateur : «vous pouvez commencer vos recherches»

Le cadeau du jour
« Bon… la raison pour laquelle je ne mange
jamais d’insecte ou de petits rongeurs…
c’est qu’en fait… tu as été adoptée »

adoption

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20 réflexions au sujet de « On ne vous juge pas, mais… »

  1. J’imagine bien que cette séance n’a pas été des plus agréables, quel stress ! mais ouf l’épreuve est passée et le bonheur vous attend à tous les deux. Je suis heureuse pour toi.

  2. Moi aussi j’avais la boule au ventre en te lisant, mais OUF !
    Comment d’ailleurs pouvait il en être autrement ?
    Ces équipes sont faites pour tester, déstabiliser mais pas forcément pour casser …
    Tout ce que je connais de toi laisse penser qu’un enfant sera bien chez et avec Toi.
    Maintenant, au boulot pour la recherche !!!.
    Bonne chance !

  3. Bureaucratie, j’écris ton nom !

    Hélas à force de se blinder en procédures pour éviter les grosses catastrophes, certains finissent par se blinder l’affect et par confondre la personne et son dossier (forcément partiel, et forcément lu avec partialité)… Ou par croire qu’une personne est un dossier.

Chic ! Un message :)

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