Et je pèse mes mots...

Lectures estivales


La pensée du jour
On lit comme on aime, on entre en lecture comme on tombe amoureux : par espérance, par impatience.
Christian Bobin

L’humeur du jour
Avant, je lisais dans le train, mais ça – pour ceux qui suivent mes mésaventures ferroviaires, c’était avant. Alors vous imaginez bien le soin avec le quel j’ai préparé mon stock de livres à dévorer pendant les vacances.
Un peu de « neuf » acheté la veille et ceux rangés sagement sur l’étagère en attente de temps de cerveau disponible

Deux auteurs éprouvés et approuvés, Emmanuel Carrère (Limonov) et Eric Emmanuel Schmitt (l’Evangile selon Pilate), dont je suis toujours au moins assurée d’aimer l’écriture ; un Julian Barnes un peu plus difficile (Rien à craindre), réflexion sur Dieu et la mort et une petite nouvelle, Agnès Martin-Lugand (les gens heureux fument et boivent du café), très bien notée sur le net et placée en évidence en librairies.
Entre deux, je compte bien me nettoyer au Voici.

En ouvrant un livre contemporain, j’espère à chaque fois le miracle du Confident (Grémillon) ou d’autres vies que la mienne (Carrère).

Un coup d’œil rapide sur les dernières de couvertures m’incite à commencer par « Les gens heureux ». Et le premier chapitre me donne raison. Rapide, intense, vrai… Ça se gâte hélas au premier dialogue qui sonne faux, ça se tasse dans le second chapitre hystérique, ça vire « sous-Harlequin » par la suite… je devine chaque étape du jeu du chat et de la souris de l’héroïne et du beau ténébreux. Je ne dévoile pas la fin (le dernier chapitre rattrape un peu le reste), mais elle semble parachutée. Je le termine péniblement avec la sensation d’avoir été arnaquée par le début du récit si prometteur… On dirait presque que deux personnes se sont réparties l’écriture (bon, je fais l’intro, la conclusion, tu remplis… non, non, t’embête pas. Elle est sauvage, il l’est encore plus, ça clope, ça picole, ça s’agresse puis ça s’embrasse, OK ? Ouais, ajoute une autre femme, ça mettra du suspense…). Je me suis sentie flouée de l’intrigue promise en dernière de couverture.

Dépitée, je feuillette Limonov et le repose. Je tente Pilate et je lâche. Mon cerveau est réfractaire. Il souffre d’une indigestion, d’un trop plein de mots et de phrases lourdes. Ou creuses. Vite, j’achète un Dan Brown pour Alka Seltzer tout ça. Le symbole perdu. Efficace. Pas « bon », mais efficace.

Histoire de continuer à lire léger, je pique le livre que Pookito vient de terminer et qu’il m’incite à découvrir « ça va te plaire ». Il y a écrit « policier » dessus. Il me promet que ce n’est pas trop gore. Après tout, c’est l’été, lisons léger !
C’est « l’armée furieuse » de Fred Vargas.

Comment bien dire le choc de l’univers poétique en dépit des intrigues sombres, des dialogues qu’on entend en les lisant… Vargas invente un langage avec pourtant nos mots courants, un peu comme Souchon, l’ambianceur mélanco-poétique.
Il y a les mots, l’au-delà des mots, l’entre les lignes, les ellipses.
Il y a la qualité (le fond ET la forme), la cohérence entre les romans, les croisements, si logiques.
Oui, « les » romans. Parce qu’arrivée vers la fin de l’armée furieuse, j’étais déjà à la librairie de Mimizan en train de réquisitionner tout son stock de Vargas et de commander le reste en ligne pour le trouver dans ma boite au retour.
« Pooky, tu vas pas lire tout ça ? T’es boulimique ! Tu vas te lasser ! » ironise mon Ocelot. Et bien soit, je suis boulimique des mots, des dialogues et de l’univers particulier de Vargas et de la même façon que je peux sans problème pratiquer la mono diète alimentaire, je peux dévorer un auteur de son premier ouvrage jusqu’au dernier sans me lasser.
Certes, tout n’est pas du même niveau. Ceux qui vont mourir te saluent (les trois « empereurs » sont chiants) et Coule la Seine (je déteste les nouvelles, ça me laisse toujours un goût d’inachevé) ne sont pas à mes yeux aussi bons.
Mais le reste…

Le cadeau du jour
Je compte bien livre-napper l’armée furieuse pour compléter la collection…
photo

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8 réflexions au sujet de « Lectures estivales »

  1. Étonnée que tu n’aies pas aimé Eric Emmanuel Schmitt, je n’ai pas lu « L’Évangile selon Pilate » mais l’auteur ne m’a jamais déçue…
    Avant, je me forçais à finir les livres, même ceux qui ne me plaisaient pas, maintenant, c’est fini, si je n’accroche pas, j’abandonne….
    J’aime beaucoup Fred Vargas comme femme et personne engagée mais quand à ses romans, je les trouve trop sombres… remarque, j’ai du en lire un et je ne me souviens plus lequel. Je vais peut-être réessayer…
    Bonne lecture 😀

    1. Je n ai pas « pas aimé », j étais saturee en l ouvrant et l ai reposé
      Je vais le reprendre en cerveau propre maintenant que Vargas me l a poétisé.

      J avais adoré « la part de l autre »
      Certains livres ont besoin qu on ne soit pas à plat pour les apprécier pleinement et je pense qu il en fait partie

  2. Pour le livre de Schmidt je dois dire que nous avons aimé ce regard différencié, comme parsemé de graines de foi. Nous l’avons beaucoup offert, à l’époque, y compris à des amis qui snobaient Eric Emmanuel Schmidt à cause de sa gloire « suspecte ».
    Concernant Fred Vargas nous les avons quasi tous lu avec boulimie. L’univers, l’écriture, les personnages, la poésie, particulièrement celle des personnages, nous ont inoculé l’addiction à Vargas. Mieux que du bon polar!

    Nous venons de terminer (dévorer) « La vérité sur l’affaire Harry Quebert »: à lire, pour le polar, bien sûr, mais surtout pour la fantastique leçon d’écriture et la surprenante leçon sur l’écrivain.
    Nous, parce que nous partageons souvent les livres, Alexandra et moi, mais pas tout le temps. Alexandra se délecte des auteurs nordiques qu’elle échange avec sa mère. De mon côté, je me suis plongé dans les oeuvres de Jonhathan Swift en Pleiade et Leibniz, beaucoup plus ardu(donc reposé, pour le moment!)
    Amitiés
    Philippe

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