Les Transports et les Communs

Rencontres du 3ème type


La pensée du jour
Dans le train, un pervers réserve toujours sa place dans le wagon de queue.
José Artur

L’humeur du jour
Si on met de côté le gain de temps et d’argent, il existe un autre avantage non négligeable aux transports en communs : les rencontres inattendues qu’on peut y faire.
Le matin, plus de surprise. Je croise les mêmes personnes, dans les mêmes wagons.
Ça commence sur le quai, avec l’homme qui ne sourit jamais et dont la bouche semble figée dans un rictus réprobateur. Puis arrive, Moinillon, à la coupe mi-Bernard Thibaut, mi-Chaussée aux moines, suivi de près par la blonde sur ressors – elle ne marche pas, elle avance sur ses jambes arquées en d’impressionnantes extensions… Il y a aussi Johnny Be Good, un peu plus vers l’avant, un curieux mariage de baskets et boucle d’oreille sous une brosse peu poivrée très salée avec un comportement de quinqua anxieux…

Une fois à bord, je me blottis sur la plate-forme, à coté de la liseuse et je compte jusqu’à 10. Immanquablement, madame pipi se lève pour aller aux toilettes, serrant contre elle son gilet vieux rose et son sac marron. Elle sera remplacé quelques minutes plus tard par « monsieur pyjama » – inutile d’expliquer son surnom. Le voyage est ponctué par les éclats de voix de Grande Gamelle, une blonde douloureusement sonore pour cette heure matinale, qui raconte à qui ne veut pas l’entendre tout ce qui lui passe par la tête. De l’autre côté du couloir, la femme aux traits épais et à la coupe brosse/nuque rasée un peu masculine mache son chewing gum en tripotant ses boucles d’oreilles…
On arrive à Saint Denis. Inutile de vérifier au dehors, la dame en noir arrive sur la plate-forme, pressée d’arriver ou anxieuse de descendre dès l’entrée en gare… Elle y sera rejointe par Tristounet (imaginez Jospin déprimé) et la famille Bidibule.
Le soir, c’est plus varié puisque je change de train et de place. Ça n’empêche pas de connaître les détails de la vie de Mamour qui semble appeler son « bébé » (sa femme ai-je finalement découvert) chaque soir et dont j’apprends jusqu’aux détails de ses repas du midi. Selon le jour, je me familiarise au langage des chasseurs, je découvre les programmes télé du soir, les recettes des diners de famille, l’intimité des nuits torrides de nouveaux amants, les détails des fêtes scolaires, j’apprends tout sur l’allaitement du petit dernier et les vacheries des collègues.
Ces tranches de vie me font sourire. Pas comme les milogues, nouveau mot pour désigner ces demi conversations agaçantes car perturbantes qu’on entend lorsque quelqu’un est au téléphone. Dans un train, les débuts des milogues ressemblent souvent à « j’suis dans le train » « j’t’endends pas, parle plus fort » – qui n’a jamais rêvé de répondre « ben moi, je vous entends trop ! »

J’imagine sans peine mériter un surnom comme ceux dont j’affuble les autres communs des transports. Mais ce qui me plait, c’est lorsqu’un jour au hasard d’un voyage le surnom s’efface au profit du nom. Lorsqu’enfin on ne croise plus les gens mais qu’on les rencontre .


Le cadeau du jour

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5 réflexions au sujet de « Rencontres du 3ème type »

  1. le spectacle est partout, dans la rue, le train, le bus, le métro…pas si seule que ça dans la foule, celle qui prend le temps d’observer, d’imaginer …
    pourquoi ne pas lier conversation ? ils sont nombreux ceux qui ont besoin de parler à des inconnus, ils se confient, se libèrent ….et sont moins tristes en descendant, mais, gaffe aux crampons qui prendront l’habitude, ce ne sont plus les inconnus de la ligne, mais les habitués du secret. je parle d’expérience !
    je ne connaissais pas les milogues, mais que c’est bien trouvé !
    il m’est arrivé de satisfaire mon envie en rappelant le plus gentiment possible, les bases du savoir vivre en collectivité.
    en principe ça marche bien ….

  2. Il n’y a pas que des inconvénients dans tous ces voyages ! parfois on y fait de belles rencontres sur le quai d’une gare, qui vous conduisent à une belle histoire d’amour…et pourquoi ne pas faire plus de « rencontres » si certaines personnes sont intéressantes ! par contre, les abrutis, on en rencontre partout, même dans les salles de cinéma, j’en ai fait l’expérience pas plus tard qu’hier !

Chic ! Un message :)

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