Ma vie Mon oeuvre

Ma vie en décennies


La pensée du jour
Quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine
Marguerite Yourcenar

L’humeur du moment
1970 – 1980
Après une période « tenues de bébé » dont je n’ai aucun souvenir, c’est une décennie qui a le toucher du velours côtelé, marron, de préférence, avec des genouillères sur les pantalons et des ribambelles de robes « tricotées main, tricotées cœur » par maman.
Ce sont les années de toutes les découvertes, du goût des raviolis au vélo jaune sans roulettes. Ce sont les années télé couleur sans télécommande, Casimir et les Barbapapas.
Ce sont les cheveux qui poussent et l’arrivée de Minou-noir dans la famille – après Poils Blancs le lapin et Minouche le tigré.
C’est la découverte de l’école avec les gentilles maitresses et la lecture. La rencontre avec Heidi et le gentil Saint Louis. L’affrontement avec les mathématiques. Chantal Goya et les « bons points ». C’est la garderie du mercredi et les bonbons en gélatine que maman nous passait le midi à travers le grillage…
J’ai le souvenir des courses de quartier et des barbecues entre voisins, d’une sensation de sécurité. La Petite Maison dans la Picardie…

1980 -1990
Un saut impressionnant.
Passer de 10 à 20 ans. Des longues nattes et de l’appareil dentaire aux bas et talons. De la maigrichonne qui mange ce qu’elle aime, avec une préférence pour les légumes du jardin à la compteuse de calories. Des pantalons à carreaux aux vêtements « graphiques » aux couleurs primaires. De l’insouciance au monde des grands.
Avec en fond les klaxons de mai 81, la chasse au gaspi, l’avènement des radios libres et la déferlante de groupes nouveaux. Qualité et quantité ne font déjà pas bon ménage. Sabrina, Samantha Fox et K2000… La Cinq, chaine témoin de ce nouveau clinquant.
Je m’intéresse aux infos, je cherche un sens aux nouvelles, à comprendre le pourquoi des conflits armés.
La femme du milieu des années 80 est conquérante, mais je suis heureusement encore trop jeune.
J’entends des histoires d’adultère ou de suicide dans le voisinage, on parle du tueur de l’Oise…
Mon Minou noir est mort. Mes cheveux sont plus courts et je dois penser à « que ferai-je plus tard« …

1990 – 2000
Je suis grande.
Je découvre un monde que je ne connaissais que par les livres ou la télévision. Les Etats-Unis d’abord – bienvenue chez les cow-boys du Colorado, le Pakistan ensuite. Dans les deux cas, de merveilleuses rencontres, des découvertes humaines irremplaçables, de l’amour et de la solitude.
Entre les deux, je me marie avec une vraie robe de princesse, j’adopte mes 3 félins.
Je pense être adulte parce que je m’assume financièrement. Je pense être à l’abri parce que je sais ce que je veux. Je pense être heureuse parce que rien ne semble me manquer. J’oublie de me poser – me « pauser ? » et mon corps me rappelle à l’ordre.
Ce sont des années où les médias prennent une ampleur insidieuse, le nivellement par le bas s’installe sans résistance dans les programmes, la soupe musicale coule des ondes. Le critère n’est plus la qualité ou l’intérêt mais la rentabilité.

2000 – 2010
Sans le vouloir vraiment, je deviens une « working girl ».
Je travaille, je fais du sport et je m’occupe de mes chats.
Ça tiraille. Il me manque quelque chose mais je ne prends pas vraiment le temps de m’en occuper.
Je fréquente un Docteur Elby pour mieux me connaitre.
J’apprivoise le célibat sans jamais m’ennuyer –tant que j’ai ma cervelle et un stylo, tout va bien.

Je perds Ratso, puis Lulu.

Les mots précarité, chômage et « travailleurs pauvres cohabitent avec «parachutes dorés», des infirmières à 1500€ par mois soignent des «fermiers télévisés» à 6000€ la semaine. Les nobodies font la une de ce qui autrefois s’appelait «la presse» et qui ressemble aujourd’hui à du papier toilette.
Les valeurs sont fantaisistes et le culte de l’immédiateté a tout balayé.
Je n’écoute plus la musique formatée qui passe à la radio, je préfère créer mes propres playlists.
Internet a explosé, les modes de communication, de rencontres, de commerce et d’échanges aussi.
Je vis avec un Blackberry greffé à la main gauche et une souris dans la main droite.

Pourtant, je m’interroge : « qui serai-je plus tard ? »

2010
Plus tard, c’est maintenant.
Je ne m’interroge plus.
Curieusement, le fait d’être arrivée – de manière symbolique – à la moitié de ma vie m’a rendue plus sereine.
Je suis comme délestée de tout rapport de force, de toute velléité de contrôle. Une sorte de confiance s’est installée, une sensation de paix qui n’a rien changé aux événements de ma vie, mais qui a modifié la perception que j’en avais.
Si c’est ça la quarantaine, ça valait le coup d’attendre.

Le cadeau du jour

 

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14 réflexions au sujet de « Ma vie en décennies »

  1. très chouette cette petite autobio!
    je m’y retrouve même sur certains points.
    et au final tu as bien raison, je cris que le sérénité on la trouve en avançant (dans la vie et dans l’âge)
    c’est bien de se poser des questions mais trop s’en poser empêche parfois de juste vivre ce que l’on est en train de vivre et de l’apprécier à sa juste valeur

  2. Lennon disait que la vie commençait à 40 ans (ce qui est dommage c’est que sa vie a duré moins de 2 mois pour le coup)
    Très beau texte

  3. Le temps qui passe engendre tellement d’évènements , qu’il est vrai que les decennies sont un peu comme des marques pages qui nous rappellent les tranches de notre vie
    Le temps apporte la sagesse , alors évitez de regretter le temps qui passe …;)

  4. vivement la quarantaine alors !! trés beau texte empreint de reflexions et de senerité .. grâce à toi , je comprend qu’on a toutes des casseroles à se trimballer mais qu’avec le temps , le bruit est de plus en plus étoufé parce que notre regard porte sur d’autres choses : la vie , le moment présent .

    plein de bises et donc joyeuses quarantaines !!

  5. Ca va tellement vite. Quelques passages sur l’incongruité de notre époque et la nostalgie des années passées. Mais je te suis, la quarantaine apporte son lot de plénitude. Une saveur particulière à déguster.

  6. Très belle petite autobiographie, j’aime l’évolution des médias en parallèle avec la tienne. On verra comment ce sera en 2020 (non que j’ai hâte d’y être!) si les requins existent encore et si le soleil ne s’est pas éteint.

  7. joli style ! et surtout jolie conclusion.
    personnellement je ne suis parvenue à cet état d’esprit qu’a la cinquantaine. J’espère que ta décennie à venir sera toujours apaisée.

  8. Je suis très touchée en lisant ce « texte » qui retrace 40 années de ta vie, très émue aussi. Heureusement et je te le souhaite, tu as encore beaucoup de belles années devant toi….la cinquantaine n’est pas mal non plus, après….

    Ce résumé renferme beaucoup d’amour, de bonheur aussi quant à tes jeunes années… Tous ces souvenirs, sont comme toujours, rangés dans un coin de ta mémoire. C’est Pooky, méthodique….. Je tenais à ce que tu saches – mais tu le sais !!! – ces 40 années de ta vie furent pour moi 40 années de pur BONHEUR.

    Une déclaration en direct – une fois n’est pas coutume – nous qui sommes plutôt réservées : je t’aime ma chérie. Sois heureuse c’est mon vœu le plus cher… et merci pour toutes ces années d’amour que tu m’as données. Rien ne remplace. L’Amour de ses enfants qui est le plus sincère …..

Chic ! Un message :)

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